Restauration de la Sedes Sapientiae de Mere

 

En décembre 2005, à la demande de la fabrique d'église, la Sedes Sapientiae de Mere a été déposée à l'atelier de sculpture en bois polychromé de l'IRPA afin de procéder à son examen et traitement. La statue y est demeurée jusqu'à la fin du mois de septembre 2007. Son étude s'inscrivait dans le cadre de la thèse de doctorat d'Emmanuelle Mercier centrée sur la polychromie dans les sculptures mosanes du treizième siècle.

La composition de la statue est caractéristique des Vierges assises de cette période. Marie est présentée comme une belle et jeune dame. Elle tient dans la main droite une pomme et écrase de son pied Satan, représenté ici sous la forme d'un dragon. L'Enfant Jésus est assis sur le genou gauche et bénit de la main droite. Dans l'autre main, il tient un globe qui ne présente aucune particularité. De la même période sont issues entre autres la Sedes de l'église Saint-Jean à Liège (1240), la Sedes de l'église Saint-Laurent de Hamont (1230), celle de l'église des Saint-Hubert-et-Vincent de Zolder (1240), ainsi que Notre-Dame de Spermalie à Bruges. Réalisées dans la région Meuse-Rhin, elles peuvent être comparées à la Sedes de Mere. Étant donné que l'analyse dendrochronologique ne fournit aucun résultat utile, la datation de la Sedes de Mere s'appuie essentiellement sur un examen stylistique.

L'étude technico-matérielle a mis en évidence que la statue a été repeinte à cinq reprises. Seules quelques traces de la couche originale ainsi que des trois premiers surpeints demeuraient encore visibles. La polychromie du dix-neuvième siècle, quant à elle, était presque intacte, mais entièrement dissimulée sous le dernier et mauvais repeint de 1983. En dépit du nombre de couches de peinture révélées par l'analyse de la polychromie, nous restons dans l'incertitude en ce qui concerne l'aspect historique. On ignore à vrai dire où se trouvait la statue de Marie avant 1900.

L'IRPA proposait initialement de procéder à un traitement de conservation minimal. Néanmoins, après concertation avec la fabrique d'église qui insistait pour que soit amélioré l'aspect de la Sedes, on décida finalement de restaurer la statue. Ainsi, le surpeint à la bronzine de 1983, oxydé, a été éliminé, tâche minutieuse qui a été exécutée par des restaurateurs expérimentés. La Sedes de Mere a ainsi retrouvé une polychromie de qualité datant du dix-neuvième siècle mais qui se rapproche fortement de la peinture originale du treizième siècle. Suite à la suppression de la couche de peinture de 1983, l'articulation formelle de la statue est plus claire et sa douce et subtile expression ainsi que la souplesse de son drapé sont accentuées. On doit ce résultat stupéfiant à l'excellente collaboration entre l'IRPA, le Heemkundige Kring van Erpe-Mere, la fabrique d'église et la commune de Mere.

La statue a retrouvé sa place au cours d'une séance académique le 5 octobre 2007 et une exposition didactique a été organisée en l'église Saint-Bavon de Mere. Un compte rendu détaillé de l'examen et du traitement réalisés est publié dans le numéro du mois d'octobre des Mededelingen van Heemkundige Kring van Erpe-Mere.

 

Étude technique: E. Mercier
Dendrochronologie: P. Fraiture
Radiographie: G. Van de Voorde, C. Fondaire
Restauration: Ch. Cession, D. Dustin, E. Mercier, E. Rabelo, G. Rouhi
Photographie: J. Declercq, M. Sterckx, J.-L. Torsin