Hommage à Paul Coremans

Il y a tout juste 50 ans - le 11 juin 1965 -, la mort du chercheur belge Paul Coremans fut ressentie dans le monde entier comme une perte inestimable pour le patrimoine artistique. Celui qui était devenu le premier directeur de l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), expert renommé de l'UNESCO, avait sillonné la planète, de Borobudur à Cracovie, de Bali à Abou Simbel, de Bonampak à Palmyre, pour se pencher au chevet des plus grands chefs-d'œuvre de l'humanité. L'IRPA organise un symposium international, du 15 au 17 juin, qui mettra en lumière les nombreuses facettes de ce savant et humaniste belge d'exception, trop méconnu encore dans notre pays.

Nommé en 1934 à la tête du Service de la Documentation belge créé aux Musées royaux d'Art et d'Histoire, ce docteur en chimie de 26 ans est aussi chargé d'organiser un laboratoire pour l'étude des œuvres d'art. Dès son arrivée, il applique les techniques d'imagerie les plus récentes (ultraviolet, infrarouge...) à la détection des faux. Son expertise lui vaudra de devenir en 1946 l'un des principaux acteurs du procès du célèbre faussaire Han Van Meegeren, auteur des faux tableaux de Vermeer de Delft vendus au maréchal nazi Hermann Goering.

Pendant la Seconde Guerre, Coremans coordonne la réalisation de 160 000 photographies d'œuvres d'art et de monuments en péril, et élabore des directives sur la protection du patrimoine en période de conflit. Il sera ensuite l'un des Monuments Men chargés de la récupération des œuvres volées par les nazis.

C'est lui qui développe en Belgique le concept innovant de l'étude interdisciplinaire des œuvres d'art : l'union - avec une égale importance - des spécialistes en sciences humaines et en sciences exactes, en collaboration avec les photographes et techniciens. Cette approche sera le fondement de l'Institut royal du Patrimoine artistique, dont il devient, en 1948, le premier directeur. Ce centre de recherche pionnier servira d'inspiration à l'étranger.

En 1950-51, Coremans dirige la restauration de l'Agneau mystique des frères Van Eyck, qu'il entoure déjà des plus grands spécialistes internationaux. Son travail reste une source d'inspiration incontournable pour l'actuelle campagne de restauration, où les méthodes qu'il a mises au point sont toujours appliquées avec succès.

Paul Coremans a été l'une des chevilles ouvrières de la création de plusieurs institutions de défense du patrimoine à l'échelon mondial : l'ICOMOS (Conseil international des Monuments et Sites) et l'ICCROM (Centre international pour la conservation et la restauration des biens culturels).

L'actuel directeur de l'ICCROM, Dr Stefano De Caro, rehaussera d'ailleurs de sa présence le symposium organisé en l'hommage de Coremans. Cet événement scientifique s'annonce exceptionnel : les chercheurs belges et étrangers ont pu puiser dans les archives de Coremans, inventoriées à l'IRPA depuis plusieurs années, mais aussi dans celles de nombreuses institutions en contact avec l'Institut depuis plus d'un demi-siècle. Le résultat de leur travail de recherche jettera un éclairage inédit sur la personnalité fascinante du scientifique visionnaire que fut Paul Coremans.

Son action et ses enseignements sont plus que jamais d'une actualité criante, à l'heure où le patrimoine subit des destructions massives dans des pays en guerre, et où, dans des régions en paix, la négligence et les restrictions budgétaires sont une menace peut-être plus pernicieuse encore.

Symposium international Paul Coremans : Un "Monuments Man" belge et son impact sur la protection du patrimoine culturel mondial - 15-17 juin 2015