L'atelier papier, cuir et parchemin : projet en cours


Examen et traitement de la Bible d'Anjou - Lieve Watteeuw (K.U.L) - Collaboration entre l'IRPA, l'Illuminare, Studiecentrum voor Miniatuurkunst (K.U.L.) et la faculté de Théologie de la K.U.Leuven - Coordinateur du projet : Prof. Dr. Jan Van der Stock (K.U.L.)
Projet financé par le Fonds InBev-Baillet Latour

L'histoire du manuscrit

image002_400_23La Bible d’Anjou constitue le joyau de la bibliothèque de la faculté de Théologie de la K.U.Leuven. Ce manuscrit aux enluminures particulièrement riches a été produit au début du quatorzième siècle, à la cour de Robert Ier d’Anjou (1277-1343), roi de Naples. Le diptyque qui ouvre la Bible illustre bien ce riche passé. Outre Robert Ier d’Anjou – le rex expertus in omnia scientia, comme le qualifie l’exergue – figure un arbre généalogique en trois niveaux : au-dessus, Charles Ier et son épouse Béatrice de Provence, ensuite Charles II et Marie de Hongrie et enfin, Robert Ier d’Anjou et son épouse Sancha de Majorque. Ceux-ci n’ayant laissé aucun héritier – leur unique fils, Charles, mourut accidentellement – c’est leur petite-fille aînée, Jeanne, qui fut proclamée, en 1330, héritière officielle du Royaume de Naples.


C’est à ce moment précis que commence l’histoire de la Bible d’Anjou. Le manuscrit était à l’origine un cadeau de Robert Ier d’Anjou à André de Hongrie, qui, à l’âge de six ans, fut fiancé à Jeanne. Son blason est encore visible en plusieurs endroits du manuscrit. Des intrigues à la cour napolitaine l’empêchèrent cependant de monter sur le trône de Naples et il fut assassiné en 1345. Le manuscrit fut alors donné au chancelier Nicolas de Alifio : hec est blibia [sic] magistri nicolai de alifio doctor(is). Le blason de ce dernier figure sur chaque folio enluminé. Le folio 307v montre la reine Jeanne, sur son trône, offrant le manuscrit à Nicolas. Plusieurs références à la maison royale et à ses principaux représentants apparaissent dans le reste du manuscrit. Ainsi, un des textes (Incipiunt ecclesiastes) s’ouvre sur un souverain trônant, en train d’enseigner. Cette image n’a rien d’étonnant : Robert Ier d’Anjou ne s’intéressait pas seulement à la royauté, mais aussi à l’art et à la théologie.

Le manuscrit demeura longtemps au sein des sphères royales. En 1402, il est mentionné dans l’inventaire du duc Jean de Berry (1340-1416), frère du roi de France Charles V, amateur d’art et bibliophile renommé. Par l’intermédiaire de l’évêque d’Arras, Nicolas Le Ruistre (1509), il parvint, à la charnière des quinzième et seizième siècles, au collège d’Arras, à Louvain. Entre 1818 et 1821, le manuscrit appartint aux collections du Grand Séminaire de Malines. Depuis 1970, il se trouve en dépôt dans la bibliothèque de la faculté de Théologie de la K.U.Leuven.

Les enluminures

Outre deux enluminures en pleine page, la bible comporte plus de 160 miniatures de format plus réduit – lettrines historiées en tête des sections du texte et illustrations relatives tant à des épisodes bibliques qu’à des événements liés à l’histoire de la Maison d’Anjou – et, sur chaque folio, des décorations marginales pleines de fantaisie. Sur la dernière page de l’Apocalypse (folio 311v), l’un des plus importants textes du Nouveau Testament, figure le nom du copiste : lannutius de Matrice incepit, mediavit et finivit hoc opus. Ces miniatures sont l’œuvre de plusieurs artistes napolitains, parmi lesquels Christophorus Orimina, qui se fait connaître au folio 308 ([…] quam illuminavit de pincello xpophorus orimina de neapoli), et un maître anonyme. Le premier est responsable de la création de l’ensemble des tableaux à caractère historique, qui éclairent l’origine du manuscrit et ses rapports avec le royaume angevin. Les deux artistes s’inspirent de l’œuvre de Simone Martini (1284-1344) qui fut, après Giotto, le plus grand peintre du Trecento et, à partir de 1315, travailla à la cour du roi Robert Ier d’Anjou. On retrouve le réalisme de ses figures massives et leurs lourds visages, de profil, clairement influencés par l’art byzantin.

Le traitement de conservation

Nous sommes confrontés à plusieurs problèmes de conservation. La reliure du début du siècle dernier est trop serrée et occasionne au parchemin des plis dommageables. Il est nécessaire de détacher les cahiers. Les couches picturales ainsi que les feuilles d’or présentent des traces considérables de pertes et de craquelures. Il convient d’appliquer un traitement destiné à prévenir toute poursuite des phénomènes de pulvérisation et de réduction en poudre des pigments et des encres. D’autre part, des tests ont été effectués afin d’éliminer l’assombrissement (brunissement) causé par d’anciens collages. Dans le but de diagnostiquer précisément les problèmes posés par les encres, les feuilles d’or et d’argent, les pigments employés, il est nécessaire de recourir à des analyses. Il est également fait appel aux techniques d’imagerie scientifique.

L'exposition: du 17 septembre au 5 décembre 2010 à Leuven

Lors de l'exposition qui se tiendra du 17 septembre au 5 décembre 2010 au nouveau Stedelijk Museum M à Leuven, les feuillets détachés du manuscrit traité seront exposés et confrontés avec des manuscrits enluminés contemporains. Après l'exposition, ils seront à nouveau reliés en forme de codex. Ce projet est coordonné par le professeur Jan Van der Stock, d'Illuminare, Studiecentrum voor Miniatuurkunst (K.U.Leuven) en collaboration avec la faculté de Théologie de ladite université et avec l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA-KIK, Bruxelles). L'examen scientifique et le traitement de conservation, financés par le Fonds Inbev-Baillet Latour, sont réalisés par Lieve Watteeuw, docteur en Philosophie et Lettres de la K.U.Leuven.


Le colloque: les 1er et 2 novembre 2010

Les 1er et 2 novembre 2010, le colloque international Miniatures and Music at the Court of Anjou Naples - ca. 1340 clôturera le projet de recherche autour de la Bible d'Anjou en dressant un tableau du contexte et de la production artistique à Naples au début du quatorzième siècle.

Pour suivre l'avancement du projet:

- Newsletter 1 - juin 2008 (en néerlandais)
- Newsletter 2 - novembre 2008 (en français)

 

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