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Le Tintoret de David Bowie : prouver la paternité d’une œuvre grâce à l’imagerie scientifique

Comment distinguer une œuvre authentique d’une production d’un atelier ? Grâce à la radiographie et la réflectographie infrarouge, les chercheurs de l’IRPA ont prouvé que la Sainte Catherine est bien de la main du peintre vénitien Le Tintoret.

Commanditaire

Collectioneur privé

Période
2017
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Dr Christina Currie
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David Bowie

L’histoire récente de la Sainte Catherine est absolument passionnante. Cette toile a appartenu à l’icône mondiale de la pop David Bowie, jusqu’à sa mort en 2016. Collectionneur d’art et fervent admirateur de Rubens, le chanteur était si fasciné par Le Tintoret qu’il a donné ce nom à son label.

L’œuvre a été réalisée dans les années 1560 pour orner l’autel de l’église San Geminiano, sur la place Saint-Marc, à Venise. Après la démolition de l’édifice en 1807, sous Napoléon, et un bref séjour à la Galleria dell’ Accademia, le tableau a disparu dans des collections privées. Fin des années 1980, David Bowie a acheté cette peinture au marchand d’art londonien Colnaghi. À la suite du décès du chanteur en 2016, elle a été vendue comme étant attribuée à « Le Tintoret et atelier ». Depuis 2017, elle est confiée en prêt de longue durée à la Maison Rubens d’Anvers.

Un examen technique aux résultats surprenants

À la demande du nouveau propriétaire, la Cellule d’imagerie scientifique de l’IRPA a étudié le tableau. Au départ, seuls des examens de routine ‒ une radiographie et une réflectographie infrarouge ‒ étaient prévus pour reconstituer le processus créatif de l’œuvre. Or, ces examens ont livré des résultats tout à fait surprenants ! Les experts ont découvert, sous la couche picturale, un dessin sous-jacent spontané, réalisé à main levée, qui souligne toute la virtuosité du peintre. Il révèle non seulement comment Le Tintoret a élaboré sa composition mais nous renseigne aussi sur l’attribution de la toile.

Ces examens ont en effet permis de démontrer que le tableau est bien de la main de l’artiste vénitien. Le dessin montre qu’à l’origine, les personnages ont été représentés nus, avant d’être vêtus par la suite. En comparant celui-ci avec d’autres exemples de l’œuvre du Tintoret, les spécialistes ont remarqué que cette technique de dessin sous-jacent est la même que celle utilisée par le peintre à partir des années 1550 pour réaliser le Saint Georges et le dragon, conservé à la National Gallery de Londres.

Accentuer la profondeur

Le Tintoret ne cessait de modifier sa composition en cours d’exécution, comme en témoignent les nombreux repentirs, ces corrections apportées dans la peinture, révélées par la radiographie. Il a ainsi modifié les éléments architecturaux et ajouté par la suite le ciel bleu au-dessus de la tête des figures pour créer plus de profondeur. On retrouve aussi des modifications semblables dans d’autres œuvres du maître vénitien.

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