BELSPO
Fédération Wallonie-Bruxelles
En juillet 2021, de graves inondations ont frappé Verviers et endommagé le Bethléem. Cet événement a révélé non seulement la fragilité de ses composantes matérielles, mais aussi la vulnérabilité des pratiques et des modes de transmission qui faisaient vivre la tradition. En réponse, les Musées de Verviers, l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), l’ESA Saint-Luc Liège et un large réseau de partenaires locaux ont uni leurs forces pour lancer un projet collaboratif. Leur ambition n’était pas seulement de restaurer les éléments endommagés, mais de revitaliser le Bethléem à travers des approches participatives, créatives et fondées sur la recherche.
Tout au long du projet (2023‑2025), cette démarche collective a contribué à des réflexions plus larges sur la sauvegarde du patrimoine vivant dans des contextes de changements environnementaux et sociaux. Elle a montré que la résilience ne repose pas uniquement sur la conservation des objets, mais aussi sur le maintien des dynamiques sociales et des communautés qui leur donnent sens.
Approche du projet
Le projet a mis en lumière le fait que le Bethléem verviétois est à la fois un objet culturel matériel et une pratique sociale. Il combine :
- des éléments tangibles : marionnettes, mécanismes, scénographie ;
- des dimensions immatérielles : narration, musique, dialecte, manipulation, engagement intergénérationnel, cohésion sociale.
Revitaliser le Bethléem s’est révélé être un défi complexe. Ses composantes matérielles, sa dimension performative et sa transmission ancrée dans la communauté sont profondément interdépendantes. Répondre à cette complexité a nécessité une approche interdisciplinaire réunissant expertise en conservation, pratiques artistiques et participation active des communautés.
Le projet s’est structuré autour de plusieurs principes directeurs :
- Le Bethléem a été abordé comme une tradition, associant des dimensions tangibles et immatérielles à considérer ensemble.
- Le travail s’est inscrit dans un contexte existant marqué par une rupture, en prenant en compte l’impact des inondations de 2021 sur les objets et la transmission.
- La participation des communautés a été placée au cœur de la démarche.
- Recherche, pratique créative et éducation ont été étroitement articulées, assurant un lien fort entre production de connaissance et expérience.
- Un équilibre a été recherché entre conservation et revitalisation, permettant à la tradition d’évoluer tout en préservant sa signification culturelle et son intégrité.
- Le projet s’est appuyé sur un réseau collaboratif et interdisciplinaire de partenaires.
Cadre de participation et de recherche
La méthodologie reposait sur deux formes d’engagement complémentaires :
- une participation ouverte, impliquant un large public ;
- un engagement ciblé, structurant le dialogue avec les parties prenantes.
Participation ouverte
La participation ouverte visait à reconnecter le Bethléem aux publics contemporains et à garantir que son avenir reflète une diversité de points de vue.
Une enquête menée par l’IRPA et les Musées de Verviers a permis de recueillir des perceptions, des valeurs et des attentes locales autour du Bethléem. En parallèle, des initiatives créatives ont porté sur le patrimoine musical et linguistique du Bethléem, notamment la documentation et la transmission de chants en dialecte wallon.
Une collaboration avec une école locale a constitué un élément central du projet. Des enfants issus d’un quartier touché par les inondations ont participé à un processus créatif mêlant marionnettes, narration, scénographie et musique, aboutissant à la co‑création d’une nouvelle saynète ancrée dans leur environnement.
Cette approche a favorisé l’engagement, les échanges intergénérationnels et un sentiment d’appropriation, tout en soulignant l’importance de la médiation, de l’inclusivité et du temps nécessaire à une participation significative.
Engagement ciblé
L’engagement ciblé visait à structurer la réflexion autour des décisions de conservation et de sauvegarde.
À la suite des inondations, les éléments matériels endommagés du Bethléem ont été confiés à l’ESA Saint‑Luc Liège, où des étudiants en conservation‑restauration ont commencé à les étudier et à les stabiliser dans le cadre d’un programme pédagogique (2021‑2025). Une phase complète de restauration est prévue à partir de 2026.
Pour accompagner ce processus, les Musées de Verviers, l’ESA Saint‑Luc Liège et l’IRPA ont réuni un groupe représentatif de parties prenantes : professionnels des musées, associations locales, représentants de la communauté et experts du patrimoine. À travers des ateliers participatifs, ils ont abordé une question centrale : comment restaurer le Bethléem tout en préservant à la fois son intégrité matérielle et son rôle social et culturel ?
Ce dialogue a permis d’équilibrer les exigences de conservation avec les attentes des communautés, renforçant la transparence, la légitimité et la responsabilité collective des questions de restauration.
Résultats et enseignements
Le projet a montré que la sauvegarde d’une tradition nécessite des approches intégrées combinant conservation, participation et création.
Ce qui a fonctionné :
- Une articulation forte entre recherche, participation et pratique artistique.
- L’implication active des communautés et des parties prenantes.
- La reconnexion de la tradition avec des contextes contemporains.
- Une transmission intergénérationnelle efficace grâce à des activités pratiques.
Défis identifiés :
- Assurer une continuité à long terme au‑delà du projet.
- Trouver un équilibre entre réinterprétation créative et perception de l’authenticité.
- Clarifier le rôle de la documentation par rapport à la transmission vivante.
Un enseignement clé s’est imposé : une tradition ne survit pas parce qu’elle est enregistrée, mais parce qu’elle est pratiquée.
Un résultat important du projet est l’élaboration du Guide méthodologique pour la prise en charge d’objets culturels à portée immatérielle en contexte de crise, consacré à la gestion du patrimoine en situation de crise.
Vers de futures recherches et pratiques
Le projet a mis en lumière plusieurs pistes de réflexion :
- l’impact à long terme des démarches participatives ;
- les stratégies de médiation inclusives ;
- la relation entre documentation et pratique incarnée.
Plus largement, il souligne la nécessité de développer des stratégies patrimoniales adaptatives et résilientes, capables d’articuler conservation matérielle et continuité des processus culturels vivants.
Plus d’informations
Publications associées
- Marique, L. & Zurstrassen, C. (2025). « Revitalising the Bethlehem of Verviers: Interconnection between Intangible Cultural Heritage and Post‑Disaster Recovery », Bulletin 40 de l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). CHrisis. Cultural Heritage in Crisis: Impact of the July 2021 Floods and Strategies for Resilience, 2025.
- Marique, L., Broers, N. & Zurstrassen, C. (2026). « Décider ensemble du devenir d’un patrimoine sinistré : le cas du Bethléem verviétois après les inondations », Technè 61 (à paraître).
Projet affilié
CHrisis ‒ Protecting Heritage in Crisis Situations
À la suite des inondations de juillet 2021 ayant affecté plus de 250 sites patrimoniaux, l’IRPA a coordonné une réponse transversale. Le projet CHrisis s’appuie sur cette expérience pour améliorer les processus de récupération, la préparation aux risques et la gestion de crise dans le domaine du patrimoine culturel.