Coup de cœur du mois - 06/2026
À la Photothèque de l’IRPA, certaines images attirent l’attention non pas pour ce qu’elles montrent clairement, mais justement pour ce qu’elles taisent. Ce mois-ci, notre coup de cœur est dédié aux photographies non localisées ou non identifiées, ces clichés en suspens qui peuplent nos collections.
Mélanie Droumart
Archives en suspens : enquêter sur des images sans repères
Dans la continuité de notre coup de cœur de mars 2026 consacré aux photographies de reportage, ces images « non ou mal identifiées » proviennent le plus souvent de campagnes photographiques menées par des photographes indépendants. Certaines nous sont parvenues avec des informations lacunaires — tirages isolés, boîtes de négatifs retrouvées dans un grenier, ensembles transmis par les descendants des photographes…
Réalisées sur le terrain, parfois dans l’urgence ou dans des contextes ne nécessitant pas d’identification précise ni de légende, elles constituent aujourd’hui des ensembles riches mais partiellement documentés, où des éléments essentiels tels que le lieu, le sujet ou l’attribution font parfois défaut.
Ces photographies posent un véritable défi aux encodeurs de la Photothèque qui travaillent quotidiennement à enrichir la base de données en ligne, BALaT. Encoder des photographies anciennes, c’est faire des choix, interpréter des indices, croiser des sources — souvent avec des informations limitées. Au fil des décennies, cet encodage a également été réalisé par une grande diversité de profils : secrétaires, stagiaires, gestionnaires de documentation, collaborateurs scientifiques, administratifs ou techniques. Chacun a contribué avec ses compétences et selon les priorités du moment, ce qui explique inévitablement certaines imprécisions ou erreurs humaines. Aujourd’hui, ces zones d’incertitude deviennent des opportunités de recherche et de redécouverte.
Photo à droite : salle de lecture de la Photothèque en 1972, actuelle salle de lecture de l'Infothèque (cliché A140257)
Photos ci-dessous : clichés localisés grâce au crowdsourcing (clichés A015263, B021669, C000499, E000164 et E000165, E009106)
La Photothèque enrichie par son public de connaisseurs passionnés
Ce travail de recherche et de redécouverte ne se fait heureusement pas seul. Il bénéficie de manière essentielle de l’apport du public extérieur, dont l’expertise et l’engagement enrichissent considérablement nos connaissances. Nous souhaitons mettre à l’honneur ici, en particulier, deux contributeurs exceptionnels, que nous avons eu la chance de rencontrer lors de la journée des visiteurs en mars dernier : Renaud Gelaesen et Alexandre Duym. Grâce à leur connaissance approfondie du patrimoine belge, ils ont entrepris et continuent encore aujourd’hui un travail remarquable de correction et d’identification de nombreux clichés erronés, mal attribués ou restés anonymes jusqu’ici. Leur regard attentif et leur générosité intellectuelle permettent d’améliorer concrètement la qualité des données dans BALaT.
Photo ci-dessous : (de gauche à droite) Eva Coudyzer (Photothèque), Julie Mauro (Archives-Dossiers et Bibliothèque), Alexandre Duym, Renaud Gelaesen et Mélanie Droumart (Photothèque)
BALaT, une œuvre collective en mouvement
Leur contribution illustre parfaitement l’importance de cette collaboration entre institution et public. Grâce à eux — et à d’autres contributeurs tout aussi précieux — la base de données BALaT évolue en permanence : elle se précise, se corrige, s’enrichit. Ce travail collectif donne une nouvelle vie aux images et renforce la mission de diffusion et de connaissance du patrimoine portée par l’IRPA.
Si le coup de cœur va désormais prendre une pause, ce n’est certainement pas le cas des membres de la Photothèque : les mois d’été seront pleinement consacrés au travail d’encodage, une tâche exigeante qui demande rigueur, attention et temps, afin de poursuivre activement les corrections et améliorations pour BALaT.
Ce « dernier » coup de cœur avant la pause estivale est donc aussi un remerciement. Merci à toutes celles et ceux qui prennent le temps de regarder, de questionner, de corriger et de partager leur savoir. C’est grâce à vous que cet outil exceptionnel et unique continue de vivre, de s’affiner et de s’ouvrir.
Photo à droite : reportage dans la salle de lecture en 2022 © IRPA
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