En creux : et si les vides racontaient une autre histoire ?
À la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, la Chaire de Vérité, joyau baroque blessé par le temps, fait l’objet d’un projet inédit : En creux. Artistes, étudiant·e·s, restaurateur·rice·s du patrimoine et scientifiques croisent leurs regards pour réinventer la mémoire des formes disparues. Une démarche vivante, collective et expérimentale, où le patrimoine devient matière à création, à réflexion, à transmission.
À la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles, la Chaire de Vérité de Hendrik Frans Verbrugghen, chef-d’œuvre baroque marqué par le temps, devient le point de départ d’une aventure artistique et humaine.
À l’occasion des 800 ans de la cathédrale, En creux accompagne la restauration de cette œuvre monumentale en choisissant de regarder autrement ses absences : non comme des manques à combler, mais comme des espaces de création, de mémoire et de transmission. Artistes, enseignant·e·s, étudiant·e·s, restaurateur·rice·s du patrimoine et scientifiques se réunissent dans un laboratoire interdisciplinaire où le patrimoine devient une matière vivante, ouverte à l’expérimentation.
Image : © Florian Kiniques, œuvre Limen de Paul Herbelot au sein de la cathédrale
La chaire de vérité de la cathédrale de Bruxelles
Difficile de rester indifférent face à cette œuvre du sculpteur anversois Hendrik Frans Verbrugghen (1654-1725). La Chaire a été fabriquée entre 1695 et 1699 pour l’église des Jésuites à Louvain, l’actuelle église Saint-Michel. Après la dissolution de l’ordre des Jésuites, le meuble a été échangé contre celui de la collégiale des Saints Michel et Gudule, aujourd’hui la cathédrale, en 1776. La stabilité de ce meuble très spécial était un défi, étant donné ses dimensions, près de 7 mètres de haut, et le fait qu’il se tenait libre et ne s’appuyait sur aucune partie, comme c’est habituellement le cas.
Son aspect très sombre compromet l’appréciation de sa qualité exceptionnelle. L’étude réalisée par les experts de l’IRPA a montré la faisabilité d’un retour à l’aspect d'origine, beaucoup plus clair, avec sa finition très particulière en résine de Benjoin.
Développé dans le cadre d’un séminaire artistique porté par l’Académie royale des Beaux-Arts de la Ville de Bruxelles – École supérieure des Arts (ArBA-EsA), l’IRPA, la fabrique d’église de la Cathédrale, et les artistes Stephan Balleux et Florian Kiniques, En creux accompagne le processus de restauration de la Chaire. Il s’adresse à un groupe d’étudiant·e·s allant du Bachelier 1 au Master 1, et propose une démarche à la fois théorique, technique et pratique.
Dirigé par Florian Kiniques, chargé d’enseignement à l’ArBA-EsA, et Stephan Balleux, professeur co-titulaire de l’atelier de peinture, ce séminaire invite à penser et créer en lien avec le patrimoine, à partir des vides qui le traversent.
À travers cette œuvre-symbole et les absences qui l’habitent, les participant·e·s mèneront une recherche artistique personnelle nourrie de regards croisés, et ancrée dans les enjeux contemporains de la transmission, de la mémoire, et de la transformation. Pensé dans l’esprit d’une recherche en art ouverte et expérimentale, le séminaire se veut porteur d’inattendus. Ensuite, des expositions, conférences et présentations publiques sont envisagées.
En creux, ce n’est donc pas uniquement un projet lié à une restauration : c’est une invitation à penser autrement le patrimoine, à l’investir avec audace, sensibilité et subtilité, et à faire dialoguer les siècles dans un langage plastique vivant et ancré dans notre temps.
Image : © Stephan Balleux, œuvre de Paul Herbelot
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