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Découvrir nos labos par un stage

L’IRPA accueille régulièrement des stagiaires de Belgique et de l’étranger et leur offre un environnement de travail particulièrement stimulant. Rencontre avec Amandine et Elise, au Laboratoire des polychromies et au Laboratoire de datation radiocarbone.

Amandine Colignon a réalisé son stage dans notre Laboratoire des polychromies. Elle a étudié l’histoire de l'art et l’archéologie à Namur. Elle a ensuite perfectionné sa formation par un master en archéométrie, une discipline scientifique qui développe et utilise des méthodes physiques ou chimiques pour les études archéologiques. Elle explique: "À l'université, on a peu d'expérience car c'est toujours beaucoup de théorie. L’IRPA m’a permis de mettre en pratique ce que j’ai appris." Elle apprécie que les sciences puissent se mettre au service de l'art. "Ce qui m’attire, dans l’aspect plus scientifique, c’est justement que c’est concret alors qu’en histoire de l'art, pour un même sujet, les points de vue peuvent être très différents."

Il est toujours temps d’apprendre. Amandine a dû se replonger dans ses cours de chimie, car elle a participé à un projet qui vient d’ailleurs de se clôturer avec succès: le projet MetOx. Elle a été épaulée par Francisco Mederos-Henry et Jana Sanyova, ses maîtres de stages. "Je suis arrivée dans un projet qui clôturait cinq années de recherches. J’ai donc suivi la méthodologie de recherche préétablie et, au fur et à mesure, j'ai pu moi-même apporter de nouveaux éléments au projet."

L'enjeu du projet MetOx était d’étudier la formation des oxalates métalliques dans les peintures historiques à l’huile des Pays-Bas méridionaux des 15e, 16e et 17e siècles. "J’ai eu l'occasion d'étudier différents aspects du sujet de recherche par microspectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (µFTIR), une méthode permettant de s’approcher de la composition chimique d’un échantillon. Ainsi, une partie de mon travail a consisté à déterminer la limite de détection de trois oxalates métalliques (CaOx, CuOx, ZnOx) en utilisant la modalité "réflectance totale atténuée (ATR)” de notre instrument µFTIR."

"Il m’a été demandé également de réaliser plusieurs synthèses de composés chimiques tels que de l’oxalate de zinc. De même, j’ai perfectionné ma maîtrise de l’ATR-µFTIR durant l’étude d’échantillons de laques rouges, de pigments verts à base de cuivre et de blanc de plomb prélevés dans les peintures historiques. Par ces recherches, j’ai également pu avoir une meilleure compréhension de la localisation spatiale et des interactions chimiques de ces oxalates métalliques avec d’autres matériaux se trouvant au sein de ces couches picturales. C’est passionnant de se dire que ces recherches vont permettre d’aider les restaurateurs."

Dans le Laboratoire de datation radiocarbone, c’est Élise Brunello qui a réalisé un stage pendant un an. Avec deux masters en histoire de l’art, elle s’est spécialisée en égyptologie et en archéométrie à l’Université de Liège. Cette passerelle lui a donné l’envie de venir à l’IRPA. "Après une année Covid, je recherchais cet aspect pratique et, comme Amandine, j'ai appris sur le tas. C’est Gaia Ligovich qui m'a tout expliqué sur les différents types de prétraitement. Mon rôle consistait à réaliser le prétraitement des échantillons (charbon, bois, ossements…). Cette opération a pour but d’enlever tous les contaminants qui pourraient venir fausser l'âge réel de l'échantillon. Dans le cas des ossements, par exemple, tout ceci prend beaucoup de temps et la charge de travail est parfois importante."

"Parallèlement à cela, j’ai pu participer à un projet de datation de cernes de bois afin d’améliorer la courbe de calibration. Celle-ci reconstruit l’évolution de la concentration en carbone 14 dans l’atmosphère au cours du temps. Chaque cerne nécessite un prétraitement qui consiste à alterner une base et un acide plusieurs fois de suite afin d’en extraire la cellulose, c’est-à-dire la partie du bois la plus stable sur de longues périodes. Après le prétraitement vient l’étape de la graphitisation : de manière très résumée, l'échantillon est transformé en graphite solide, donc du carbone. Ensuite, il est introduit dans le MICADAS qui permet d’effectuer des mesures radiocarbones grâce à la spectrométrie de masse par accélérateur : c’est une technique qui compte directement le nombre d’atomes de carbone 14 présents dans un échantillon. Sur base de la notion de demi-vie, nous pouvons ainsi calculer son âge."

"On apprend à travailler en équipe, à s'organiser et on découvre une autre facette du monde de l’art."

Pour Élise et Amandine, le stage est aussi une expérience humaine. "On apprend à travailler en équipe, à s'organiser et on découvre une autre facette du monde de l’art », explique Élise. "C'est hyper enrichissant !", ajoute Amandine. Elise enchérit : "Nous sommes amenés à prélever sur des œuvres d’art des échantillons qui seront détruits lors de la datation radiocarbone, alors qu’en cours, on nous apprend à préserver l'œuvre dans son intégrité. On est donc vraiment passé dans une autre démarche." Amandine ajoute : "Comparé à l'université, c’est très différent. J’avais réalisé un mémoire sur des tombes égyptiennes. Il ne pouvait pas y avoir de prélèvements. Ici, nous nous plongeons dans la microchimie de l’œuvre et c’est très intéressant."

Merci à Amandine et Elise. Vous aussi, vous êtes intéressé par un stage à l'IRPA? En fonction de nos disponibilités et des besoins de nos équipes, vous pouvez poser votre candidature dans l’un de nos services.

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