Continuer vers le contenu

FUSION – Film Understanding through Spectroscopy and Intelligent Optical Notch recognition

Comment améliorer l’identification des films photographiques anciens pour mieux prévenir leur détérioration ?

En savoir plus ?
Elodie De Zutter
Voir l'adresse e-mail

La Photothèque de l’IRPA documente toutes les facettes du patrimoine belge au travers de clichés remontant de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. La Belgique est ainsi l’un des pays ayant réalisé la plus large couverture photographique de son patrimoine. Cette collection est aussi unique car nous conservons les négatifs originaux de chaque image contrairement à la plupart des photothèques principalement constituées de tirages papiers ou de diapositives.

Problématique

La conservation des collections photographiques repose notamment sur une connaissance précise de la nature chimique des supports photographiques sur film (nitrate, acétate, polyester). Cette identification est essentielle pour anticiper les phénomènes de dégradation, définir les priorités et les méthodes de conservation et de traitement, évaluer les risques sur le plan sanitaire (personnel et collection) et sécuritaire (incendie).

En effet, si le polyester est considéré comme un support chimiquement inerte, le nitrate et l’acétate de cellulose sont en revanche des polymères chimiquement instables. Avec le temps et sous l’effet de conditions de stockage inadaptées, ces films photographiques se décomposent en libérant des oxydes d’azote dans le cas du nitrate de cellulose ou de l’acide acétique pour l’acétate de cellulose (aussi appelé « syndrome du vinaigre »).

Ces phénomènes de dégradation sont de nature autocatalytique : après une période d’induction plus ou moins longue, la quantité d’acide libérée dans l’atmosphère devient elle-même un facteur de dégradation du film et favorise la propagation de ce phénomène aux films stockés à proximité.

Si le marché de la photographie sur film était à l’origine dominé exclusivement par les films en nitrate de cellulose, la nature très inflammable de ce support a rapidement amené les fabricants à produire d’autres types de films souples. Depuis le début des années 1920, plusieurs types de films coexistent sur le marché et la datation ne suffit plus pour déterminer leur composition. Actuellement, l’identification repose sur le croisement de la datation, d’observations visuelles et éventuellement de tests chimiques, ce qui limite la précision et la rapidité du processus.

Les codes de perforation (« notch codes ») et inscriptions de bord (« edge printing ») utilisés par les fabricants pourraient fournir des indices, mais leur interprétation est rendue complexe par l’absence de référentiel exhaustif, la réutilisation des codes et parfois la duplication des marquages. Bien que régulièrement invoqué dans les méthodes d’identification, une étude récente remet clairement en doute la pertinence du notch code comme critère de datation exploitable[1].

Nous nous posons donc la question suivante : Quel taux de fiabilité pouvons-nous atteindre en utilisant le notch code comme critère d’identification principal du film ?

[1] Garratt, C. (2025). Finding Safety in Notches: Using Atr-Ftir Spectroscopy and Industry Literature to Identify the Substrates of Photographic Negatives. AICCM Bulletin, 1–12. https://doi.org/10.1080/10344233.2024.2445869

Méthodologie

Le projet repose sur le développement d’un outil d’intelligence artificielle capable d’extraire et d’identifier les notch codes à partir des reproductions numériques de négatifs, puis de les comparer à des référentiels de fabricants. Ce travail s’appuiera sur un corpus d’environ 22 000 plan-films conservés à l’IRPA.

Les résultats obtenus seront complétés par des recherches archivistiques (fabricants, archives de l’IRPA) afin de valider l’identification des modèles.

Dans un second temps, une caractérisation chimique non invasive des films sera réalisée par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR), sur plusieurs échantillons représentatifs de chaque type identifié.

L’analyse croisée de ces données permettra de déterminer s’il existe un lien fiable entre les notch codes et la composition chimique des supports, et d’évaluer leur pertinence comme outil d’identification.

Objectifs de FUSION

  1. Développer un outil d’intelligence artificielle permettant d’identifier et de classifier automatiquement les films photographiques à partir de leurs reproductions numériques.
  2. Constituer un référentiel fiable des modèles de films présents dans les collections de l’IRPA, en lien avec leur composition chimique.
  3. Évaluer la fiabilité des notch codes comme critère d’identification des supports photographiques sur film, seul ou en complément d’autres méthodes.

Impact attendu

Une réponse claire et scientifiquement fondée concernant la fiabilité réelle des notch codes constituera une clarification majeure pour les conservateurs de collections photographiques.

Que la pertinence soit ou non avérée, le développement d’un outil innovant de classification et de reconnaissance automatisé des modèles de films sur la base de reproductions numériques permettra d’accélérer l’acquisition de connaissances sur de grandes collections de films. Ce système, conçu sur la base de la collection de l’IRPA et destiné à une application concrète sur celle-ci, sera néanmoins générique et directement applicable dans d’autres institutions.

FUSION permettra à l’IRPA, en recourant à sa propre expertise dans les domaines de la documentation, de la conservation, des analyses de laboratoire et de l’intelligence artificielle, d’améliorer sa propre stratégie de gestion de cette collection dont la richesse documentaire pour le patrimoine belge est inestimable.

En savoir plus ? Contactez-nous.

Elodie De Zutter
Elodie De Zutter
Coordination du projet et recherches

Collaborateurs IRPA

Nicolas Nadisic
Voir l'adresse e-mail
Francisco Mederos Henry
Amandine Colignon

Contributeurs externes :

  • Joris Pockelé (Etudiant en Master of Science in Computer Science Engineering à l’Université de Gand) – Recherches et développement de l’algorithme IA, avec Nicolas Nadisic
  • Clara Giunta (Stagiaire Cellule MatCoRe – IRPA) – Analyse chimique des films par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR), avec Francisco Mederos-Henry et Amandine Colignon
Projet suivant

EEHOP – Electromagnetic Exploration of Historical Oil Paintings

Né d’une collaboration entre l’UCLouvain et l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) et financé par le F.R.S.-FNRS (Fonds (National) de la Recherche Scientifique), le projet EEHOP (Electromagnetic Exploration of Historical Oil Paintings) consiste à explorer une approche innovante : l’utilisation de techniques de caractérisation électromagnétique pour étudier les transformations non visibles dans les peintures à l’huile.

Voir ce projet