Exploration de la couche picturale : des fenêtres de nettoyage pour la Prédication de saint Jean-Baptiste
Début 2024, le tableau de la Prédication de saint Jean-Baptiste, provenant de l’église désacralisée du Sacré-Cœur à Alost, est devenu le grand lauréat du Challenge Patrimoine 2023 de l’IRPA et de la Loterie Nationale. Tant la commission que le public ont reconnu le potentiel de cette œuvre, dont l’étude et la restauration se sont révélées urgentes et très prometteuses.
Dans ce cadre, une première fenêtre de nettoyage a été réalisée cet été. Elle permet à nos experts de poser pour la première fois un regard direct sur ce qui se cache sous les surpeints, et de redécouvrir la couche picturale originale.
Qu’est-ce qu’une fenêtre de nettoyage ?
Une fenêtre de nettoyage est une zone soigneusement nettoyée dans une peinture afin d’atteindre la couche picturale originale. En retirant délicatement, à un endroit judicieusement choisi, les différentes campagnes de restaurations et de surpeints, l’œuvre originale redevient visible. Pour un conservateur-restaurateur, cette opération est particulièrement précieuse : elle permet de reconstituer l’histoire matérielle d’une peinture. Elle permet notamment de découvrir :
- la technique d’exécution picturale originale ;
- le style et l’écriture du peintre ;
- combien de couches ont été ajoutées ultérieurement par-dessus l’original ;
- dans quel état se trouve la couche picturale originale ;
- si les surpeints des différentes campagnes de restauration peuvent être éliminés sans endommager la peinture originale ;
- le temps approximatif nécessaire pour nettoyer l’œuvre d’art.
Une fenêtre de nettoyage constitue donc à la fois un outil de recherche et un premier aperçu de ce qui pourrait être obtenu grâce au traitement de restauration. Les conservateurs-restaurateurs travaillent avec une extrême précision à l’aide d’instruments fins et de techniques adaptées.
L’imagerie scientifique
La Prédication de saint Jean-Baptiste est un triptyque datant de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle. Il pourrait s’agir d’une œuvre de Frans Pourbus le Jeune (1569-1622), mais cette attribution ne peut être confirmée en raison des nombreux surpeints présents sur la couche picturale originale. L’œuvre monumentale présente, sur sa face avant (intérieur), trois scènes de la vie de saint Jean-Baptiste : la prédication, le baptême du Christ et la décollation de saint Jean. Les revers des volets latéraux représentent saint Jean-Baptiste et saint Ambroise.
Des fissures et des joints ouverts dans les panneaux de bois, des soulèvements de la couche picturale, des lacunes, des couches de vernis fortement assombries et d’importants surpeints ont en grande partie masqué la composition originale et la richesse des couleurs de l’œuvre. Pourtant, l’étude préalable, réalisée grâce au soutien de la Fondation Périer-D’Ieteren, avait déjà livré des indications prometteuses quant au potentiel de ce triptyque.
Grâce à l’imagerie scientifique analytique, les chercheurs ont pu observer ce qui se trouve sous la surface visible. Ces examens ont révélé la présence de surpeints à de nombreux endroits, mais également la grande qualité de la peinture originale. Sur la base de ces constatations, il a été décidé de commencer à réaliser des fenêtres de nettoyage à des endroits soigneusement sélectionnés. Étant donné l’ampleur des repeints sur le panneau central du triptyque, il a été choisi d’y réaliser des fenêtres relativement grandes.
Le retour du chef-d’œuvre
Cette étape importante peut être réalisée grâce au succès de l’Action des Étoiles à Alost. Des dizaines de donateurs sensibles à la sauvegarde du patrimoine ont ainsi réuni la somme de 64 000 euros, en adoptant symboliquement les étoiles de la voûte de l’église Saint-Martin au profit de la restauration du triptyque de la Prédication de saint Jean-Baptiste. Le montant est concrètement consacré à la réalisation de fenêtres de nettoyage sur le panneau central et sur les faces intérieures et extérieures des deux volets.
Pour étudier, conserver et restaurer le tableau en profondeur, des moyens supplémentaires seront toutefois nécessaires. L’objectif ultime est de présenter à nouveau ce triptyque de grande qualité comme une œuvre cohérente et complète et de le préserver ainsi pour les générations futures. Pour cela, nous souhaitons restaurer l’ensemble du triptyque et son cadre. Nous espérons que cette restauration permettra de révéler toute la richesse de ce tableau et d’approfondir les recherches en histoire de l’art. Sa préservation et sa valorisation permettront peut-être sa reconnaissance en tant qu’œuvre majeure (Topstuk) par la communauté flamande. Après sa restauration, le triptyque trouvera un nouvel écrin dans le somptueux baptistère de l’église Saint-Martin d’Alost rénovée.
Aidez le prédicateur à refaire surface !
Vous souhaitez contribuer à faire émerger à nouveau ce chef-d’œuvre caché qu’est sans aucun doute La Prédication de saint Jean-Baptiste ? Faites dès aujourd’hui un don en faveur de ce patrimoine exceptionnel d’Alost. Chaque contribution, petite ou grande, fait la différence.
Lauréat du Challenge Patrimoine 2023
Œuvrons ensemble pour la Prédication de saint Jean-Baptiste
Le lauréat du Challenge Patrimoine 2023 est le tableau de la Prédication de Jean-Baptiste d'Alost ! Avec 12 753 votes sur un total de 28 883, l’œuvre alostoise a conquis le cœur du public et a été désignée comme Grand Gagnant par la commission de passionnés du patrimoine.
Plus de nouvelles de l'IRPA
Aidez un patrimoine précieux à traverser le temps… et tentez aussi votre chance
Cet automne, douze projets patrimoniaux venus de toute la Belgique peuvent décrocher jusqu’à 150 000 € pour leur restauration. Lequel remportera ce précieux soutien ? À vous d’en décider. Du 15 septembre au 15 novembre 2026, votez pour votre coup de cœur dans le cadre de la Tombola du Patrimoine. Et puisqu’il s’agit d’une tombola, de très beaux prix sont aussi à gagner.
Cinq ans après les inondations de juillet 2021 : renforcer la résilience du patrimoine culturel en Belgique
Il y a cinq ans, les inondations de juillet 2021 frappaient durement l'Europe de l'Ouest, y compris la Belgique. Au-delà des pertes humaines et matérielles, cette catastrophe a également mis en lumière la vulnérabilité de notre patrimoine culturel face aux crises majeures.