Un chef-d’œuvre de Dieric Bouts retourne à Grenade après restauration
Le Triptyque de la Descente de Croix (v. 1455-1460), l’une des œuvres majeures du peintre louvaniste Dieric Bouts, retournera début juin 2026 dans la Chapelle royale, dans la cathédrale de Grenade. Le tableau a séjourné trois ans en Belgique pour être exposé au musée M Leuven et bénéficier d’une restauration exceptionnelle réalisée par l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). À partir de ce mois-ci, le chef-d’œuvre sera à nouveau exposé dans son cadre historique.
Une collaboration internationale comme point de départ
Dans le cadre de l’exposition DIERIC BOUTS. Créateur d’images (2023-2024) qui s’est tenue au musée M Leuven, ce dernier, la Capilla Real (Chapelle royale de Grenade) et l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) ont conclu une collaboration inédite, avec le soutien du gouvernement flamand. Pour la première fois en plus de 500 ans, le Triptyque de la Descente de Croix du peintre Dieric Bouts (v. 1415-1475) a quitté son lieu de conservation à Grenade.
Cet événement a été une occasion rare pour les experts de l’IRPA d’étudier, d’analyser et de restaurer de manière approfondie le triptyque en Belgique. Les premiers résultats de l’imagerie scientifique menée en préparation de la restauration ont été présentés au public lors d’une seconde exposition, Atelier Bouts (2024), organisée elle aussi au musée M Leuven.
L’étude et le diagnostic du triptyque
Le 28 juin 2023, les panneaux du triptyque ont été confiés aux spécialistes de l’IRPA pour y être documentés, étudiés et analysés à l’aide de techniques d’imagerie scientifique de pointe. Des analyses du bois et des couches picturales ont ensuite été effectuées à partir de mai 2024, parallèlement à des recherches en histoire de l’art. Les résultats ont mené à la réalisation d’un traitement intensif de conservation et de restauration, sous la supervision d’un comité scientifique international. Au terme des deux dernières années, le triptyque a subi une transformation radicale.
Des techniques d’analyse de pointe ont permis d’apporter un nouvel éclairage sur la genèse, la composition et l’histoire postérieure de l’œuvre. Le panneau central, représentant la Descente de Croix, était principalement dans un état de conservation particulièrement problématique. La couche picturale présentait en effet de sérieux dégâts, notamment au niveau des joints entre les planches qui composent le panneau. Des scans réalisés par la macro-fluorescence des rayons X (MA-XRF) ont révélé la présence de zinc, un pigment qui n’a été utilisé qu’à partir du XIXe siècle. Cet élément indique que ces zones ont été largement retouchées à cette époque.
Des détails cachés révélés grâce à une restauration hors pair
Les deux panneaux latéraux étaient dans un meilleur état de conservation. Toutefois, des couches de vernis non originales donnaient aux couleurs de Bouts un aspect terne. Lors de la restauration, les vernis jaunis du triptyque ont été soigneusement éliminés, tout comme les surpeints, tantôt au moyen de solvants, tantôt au moyen d’un scalpel. Il s’agit d’une intervention particulièrement précise et délicate, mais le résultat s’est avéré stupéfiant : des détails cachés étaient désormais à nouveau visibles, comme des éléments finement peints, autrefois complètement enfouis sous des couches picturales ultérieures.
La peinture des trois panneaux a ensuite été stabilisée. Les dommages ont été comblés et retouchés à l’aide de matériaux réversibles, conformément aux principes de restauration les plus stricts. Pour reconstituer les détails disparus, les experts ont pu se baser sur une source d’une valeur inestimable : des photos en haute résolution d’une copie très fidèle du triptyque, datant d’environ 1500 et conservée au Museo del Patriarca (Musée du Patriarche) à Valence.
Le triptyque avant et après restauration
Triptyque de la Descente de Croix, Dieric Bouts, v. 1455-1460
Images : avant restauration : © CC-BY KIK-IRPA, Bruxelles, X161644 et X161340 / après restauration : © CC-BY KIK-IRPA, Bruxelles, X185804 et X185834
De retour à Grenade pour une nouvelle présentation
Pour la première fois depuis des siècles, la virtuosité de Bouts, révélée dans le Triptyque de la Descente de Croix, a retrouvé ses lettres de noblesse grâce à la richesse des paysages et de l’architecture, la finesse des expressions des visages, la texture des somptueux tissus, l’éclat des casques et des armures, ainsi que le jeu subtil de l’ombre et de la lumière.
En juin 2026, le Triptyque de la Descente de Croix retournera dans la Capilla Real (Chapelle royale), où il retrouvera son écrin originel. Pour l’occasion, l’institution organisera une exposition dans la cathédrale de Grenade, avec la contribution thématique et scientifique du musée M Leuven et de l’IRPA. En outre se tiendra également un colloque international, qui rassemblera des spécialistes venus de toute l’Europe pour présenter les résultats de leurs recherches sur Bouts et son œuvre.
Le panneau central avant et après restauration
Triptyque de la Descente de Croix, panneau central avec la Descente de croix, Dieric Bouts, v. 1455-1460.
Images : avant restauration : © CC-BY KIK-IRPA, Bruxelles, X161644 / après restauration : © CC-BY KIK-IRPA, Bruxelles, X185804
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