De Bruges à Zumaia : l'odyssée d'une œuvre de mémoire
Le panneau votif de Juan Martínez de Mendaro de Zumaia raconte l'histoire du capitaine Juan Martínez de Mendaro, mort lors de la bataille de Gibraltar en 1476. Le tableau a été réalisé par un peintre brugeois sur du bois de chêne baltique et selon des techniques flamandes raffinées. Près de 550 ans plus tard, des experts basques et belges ont mené ensemble une étude approfondie de l'œuvre, accompagnée d'un traitement de restauration.
En 1476, le capitaine Juan Martínez de Mendaro périt en mer lorsque son navire, le quatre-mâts espagnol La Zumaia, est pris sous les feux de la flotte portugaise lors de la bataille de Gibraltar. À la suite de son décès tragique, on (sa famille ?) décide de faire peindre un tableau en sa mémoire pour l'église de son village natal, Zumaia, dans le Pays basque, en Espagne. On confie cette mission à un peintre originaire de Bruges. Pour réaliser son œuvre, l'artiste utilise du bois de chêne baltique et des techniques flamandes pour le mélange de la peinture.
Près de 550 ans plus tard, Gordailua, le Centre du patrimoine de la province de Gipuzkoa, fait appel à l'expertise de l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) pour faire partie du groupe de recherche interdisciplinaire chargé de l'étude et de la restauration de cette œuvre au destin extraordinaire.
La partie supérieure de l'œuvre représente une scène religieuse, comprenant le portrait du capitaine Juan Martínez de Mendaro. Dans la partie inférieure, figure une représentation de la bataille navale de Gibraltar en 1476, dans laquelle La Zumaia poursuivait les quatre navires portugais. Le peintre brugeois a représenté les navires de manière très détaillée, apportant ainsi ‒ peut-être sans le savoir ‒ une contribution précoce au genre de la peinture maritime.
Les analyses dendrochronologiques, effectuées par les experts Pascale Fraiture et Christophe Maggi du Laboratoire de dendrochronologie de l'IRPA, ont révélé que les panneaux du tableau proviennent du bois de chêne baltique, abattu après 1472. Parallèlement, la chimiste Jana Sanyova du Laboratoire des polychromies de l'IRPA, en collaboration avec Andrés Sánchez (Arte-Lab, Madrid) et les chercheurs basques Irene Cárdaba, Vera Aldabe et Maite Barrio Olano, a examiné la couche picturale, de la couche de préparation au vernis. Ils ont conclu que la couche de préparation contient de la chaux, ce qui indique une origine flamande. En outre, ils ont également découvert que la peinture à l'huile avait été appliquée sous la forme de couches translucides et que le vernis d'origine serait peut-être encore présent.
Les historiens de l'art Bart Fransen (IRPA) et Marie Léonard ont, quant à eux, étudié le style et l'iconographie du tableau. Ils ont conclu que le peintre était probablement un successeur brugeois du maître de la Légende de Godelieve. Enfin, les recherches héraldiques montrent que le tableau aurait été réalisé après 1485. L'historien Iago Irixoa a mené les recherches historiques, bibliographiques et archivistiques, tandis que le spécialiste du transport maritime Xabier Alberdi a réalisé une étude des navires représentés. Le tableau a été restauré par l'équipe de Gordailua. Il a aujourd'hui retrouvé son écrin originel dans l'église de Zumaia.
L'IRPA remercie chaleureusement Gordailua pour cette fructueuse collaboration interdisciplinaire. L'étude et la restauration ont livré des résultats impressionnants, rassemblés dans un livre trilingue, richement illustré. Cet ouvrage, coordonné par Maite Barrio Olano et Bart Fransen, a été récemment présenté à Zumaia.
Rester au courant ?
Pourquoi vous abonner à notre newsletter ?
- Le patrimoine vit, et il a tant d’histoires à vous raconter !
- Restez au courant de toute l’actualité du patrimoine artistique belge.
- Jetez un coup d’œil dans les coulisses de l’IRPA grâce à notre newsletter.
- Partenaire, entreprise, chercheur, conservateur-restaurateur ou étudiant nous serons ravis d’entrer en contact avec vous
Plus de nouvelles de l'IRPA
Coup de cœur du mois - 06/2026
À la Photothèque de l’IRPA, certaines images attirent l’attention non pas pour ce qu’elles montrent clairement, mais justement pour ce qu’elles taisent. Ce mois-ci, notre coup de cœur est dédié aux photographies non localisées ou non identifiées, ces clichés en suspens qui peuplent nos collections.
La restauration de Notre-Dame des malades va commencer
L’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) accueille la statue de Notre-Dame des malades de Tournai dans son Atelier des sculptures en pierre. C’est ainsi que débute le processus de restauration de cette œuvre, qui a été désignée en 2022 lauréate du Challenge Patrimoine tant par le public que par le jury. Grâce à ce prix, la Vierge aura la chance d’être examinée et restaurée dans les meilleures conditions par les spécialistes de l’IRPA.