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Le mystère d'Hubert van Eyck et de l'Agneau mystique résolu

Notre équipe interdisciplinaire, en collaboration avec l'Université d'Anvers, a réalisé une étude approfondie des données collectées lors de la restauration du registre inférieur du retable de l'Agneau mystique ouvert (2016-2019). Ils ont ainsi réussi à élucider l'un des plus grands mystères de l'histoire de l'art : la contribution précise de Jan van Eyck et de son illustre frère aîné Hubert van Eyck dans la création du retable de l'Agneau mystique.

Période
2019-2021
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Hélène Dubois, coordinatrice restauration et recherche Agneau mystique
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En 2012, l’IRPA a entamé, dans le cadre d’une large collaboration, une vaste campagne de restauration de l'une des œuvres d’art les plus emblématiques au monde : l'Agneau mystique des frères van Eyck (1432), réalisée pour la cathédrale Saint-Bavon de Gand, où elle est encore conservée à ce jour. Les phases du traitement déjà achevées ‒ la première phase, la restauration du polyptyque fermé (2012-2016), et la deuxième, celle du registre inférieur du polyptyque ouvert (2012-2019) ‒ ont déjà débouché sur plusieurs découvertes surprenantes, dont la révélation de la peinture originale de Jan van Eyck. Cette création d'une beauté sublime, dissimulée pendant plusieurs siècles sous des surpeints du XVIe siècle, peut aujourd’hui être à nouveau admirée dans toute sa splendeur. En outre, l'équipe a pu prouver l'authenticité du célèbre quatrain inscrit sur le cadre et révéler la superbe polychromie originale des cadres.

Les deux premières phases de la campagne de restauration, financées par le gouvernement flamand et par le Fonds Baillet Latour, ont été réalisées par l’IRPA dans un atelier aménagé dans ce but au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK). Elles ont été encadrées par un comité d'experts internationaux. Les recherches de l’IRPA, avec des contributions des universités de Gand et d'Anvers, ont été menées grâce au soutien du Fonds Gieskes-Strijbis (Amsterdam).

Le quatrain et le mystère d'Hubert Van Eyck (†1426)

En 1823, sous un surpeint du cadre de l'Agneau mystique, on a découvert un quatrain qui contient des informations cruciales sur la réalisation du chef-d'œuvre. Le texte en latin dit ceci : Le peintre Hubert van Eyck, le plus grand qui soit, a commencé ce travail. Son frère Jan, qui lui succède dans cet art, a achevé cette tâche ardue à la demande de Joos Vijd. Par ce vers, il vous invite, le 6 mai [1432], à admirer cette création. Depuis lors, le personnage d'Hubert van Eyck a frappé l'imagination de maintes générations d’historiens de l’art.

Au cours des deux derniers siècles, le quatrain a ainsi donné lieu à de nombreuses hypothèses sur l'origine de l'Agneau mystique et sur la contribution précise des deux frères. Nous savons qu'Hubert est mort en 1426, probablement pendant la création de l'œuvre. Or, aucune autre peinture n'est connue de sa main et sa contribution précise à l'Agneau mystique restait un grand mystère.

En 2020 déjà, les hypothèses selon lesquelles le quatrain était un ajout ultérieur peu fiable ont été démenties : les restaurateurs de l’IRPA ont prouvé que l'inscription est authentique. Cette découverte a donné une nouvelle impulsion à la recherche afin de déterminer la contribution précise d'Hubert et de Jan van Eyck à l'Agneau mystique. Les avancées actuelles reposent sur une intense collaboration interdisciplinaire et une analyse approfondie d'une multitude de données. Pendant des années, les restaurateurs étaient presque chaque jour en contact étroit avec les peintures. Ils ont enregistré un grand nombre d'observations minutieuses, notamment au stéréomicroscope. Ils ont également pu s'appuyer sur des nouvelles imageries réalisées par réflectographie infrarouge et, grâce à la contribution de l'Université d’Anvers, également par macrofluorescence des rayons X (MA-XRF). Celles-ci ont été effectuées après l'enlèvement des surpeints du XVIe siècle et permettent d'examiner plus en profondeur les couches picturales sous-jacentes. D’autres piliers de la recherche sont les analyses en laboratoire d'échantillons de peinture à l’aide de technologies de pointe, les recherches en histoire de l'art et l’étude stylistique comparative.

Pour la première fois, une étude stylistique et des données scientifiques permettent donc de démontrer qu'Hubert van Eyck a peint des parties de l'Agneau mystique. Sa contribution ne s'est pas limitée à la planification et à la conception, comme on l’a souvent suggéré.

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Dermine Thomas 20201001

C'est avec une grande fierté que je découvre, avec tous les amoureux de l’Agneau mystique, ces nouvelles découvertes tout à fait surprenantes. Je recommande vivement à tous de venir admirer cette merveille dans la cathédrale Saint-Bavon, ou en ligne sur Closer to Van Eyck.

Thomas Dermine, secrétaire d'État chargé de la Politique scientifique

Qui a peint quoi ?

Sur le panneau central de l'Adoration, on a découvert une peinture sous-jacente assez élaborée qui, grâce au quatrain, peut être attribuée à Hubert van Eyck. Il a peint le ciel, un paysage vallonné avec quelques bâtiments, des villes à l'horizon et une prairie. Sur cette première peinture, l'autel, l'Agneau, les anges et certaines figures centrales sont déjà présents. Une source naturelle était peinte dans la prairie devant l'autel.

Dans une deuxième phase, probablement réalisée après la mort d'Hubert en 1426, nous reconnaissons la main de Jan van Eyck. Il a achevé et surpeint une grande partie de l'œuvre de son frère mais a laissé certaines parties intactes. Il a surpeint le motif central de la source naturelle avec la fontaine monumentale que nous voyons maintenant. Il a méticuleusement peint autour de certaines figures centrales d'Hubert, en a retouché quelques-unes et ajouté d'autres.

Jan van Eyck a également surpeint le paysage, en y ajoutant des détails et une variété inédite de plantes, visible aujourd'hui. Dans le ciel, il a ajouté une couche de bleu azur et le halo coloré. Il a également retravaillé la première composition d'Hubert avec des villes à l'horizon. Il a notamment ajouté les bâtiments entre lesquels on reconnaît la tour de la cathédrale d'Utrecht, l'ancienne abbaye de Saint-Bavon et l'église Notre-Dame de Bruges.

Une troisième intervention

Enfin, la recherche a montré qu'un certain nombre de détails n'ont été ajoutés que dans une troisième phase. Ainsi, on a peint les rayons dorés et agrandi la colombe du Saint-Esprit. Des détails ont été ajoutés ou retravaillés dans la végétation, les bâtiments et certaines figures. Bien que l'on ne puisse exclure qu'il s'agisse de la contribution d'un ou de plusieurs assistants, ces changements n'ont probablement été apportés qu'après la mort de Jan van Eyck (en 1440) mais certainement avant les grands surpeints du milieu du XVIe siècle.

Les pigments et les techniques des Van Eyck dévoilés

Notre Laboratoire des polychromies a exploré une piste de recherche parallèle. Ils ont analysé la peinture à l'aide d'un large éventail de technologies de pointe (HPLC, SEM-EDX, spectroscopie Raman et infrarouge). Ils ont même fait étudier certains échantillons au synchrotron (ESRF, Grenoble). Le groupe de recherche AXIS (Université d’Anvers) a également apporté une contribution cruciale grâce à des scans de pointe : MA-XRF et MA-XRPD. La confrontation de tous ces résultats a, entre autres, conduit à la découverte d'additifs surprenants, comme le verre incolore finement broyé. En outre, l'utilisation par les Van Eyck du sulfate de zinc comme agent de séchage, comme mentionné dans les livres de recettes du XVe siècle, a été confirmée dans de nombreuses couches et zones de la peinture.

Nouvelles perspectives

Les découvertes actuelles inaugurent un nouveau chapitre dans l'étude des Primitifs flamands : la recherche d'autres peintures d'Hubert van Eyck. Il constitue peut-être le « chaînon manquant » entre la peinture pré-eyckienne et l'Ars Nova radicalement novateur de son frère cadet Jan. En effet, la maîtrise de ce dernier apparaît comme sortie de nulle part dans son œuvre inégalée et la plus ancienne connue : l'Agneau mystique.

Parallèlement, on assiste à un nouveau départ dans l'étude des peintures de l'Agneau mystique qui n'ont pas encore été restaurées et/ou analysées à l'aide de nouvelles techniques de recherche : le registre supérieur du polyptyque ouvert. Pour cette troisième et dernière phase, la fabrique d'église de la cathédrale lance un marché public. Le Département Culture, Jeunesse et Médias du gouvernement flamand, l'Agence flamande du patrimoine (80 %) et le Fonds Baillet Latour (20 %) se sont déjà engagés à financer le projet. La restauration débutera dans le courant de l'année 2022.

Le livre

Toutes les découvertes et la restauration du registre inférieur du retable de l’Agneau mystique ouvert sont décrites dans le livre The Ghent Altarpiece. Research and Conservation of the Interior: The Lower Register. L’équipe de restauration, les spécialistes de laboratoires et en imagerie de l’IRPA, ainsi que les scientifiques des groupes de recherche AXIS et ARCHES (Université d’Anvers) ont contribué à cet ouvrage scientifique richement illustré, réalisé grâce au soutien de la Fondation Périer-D'Ieteren.

L'Agneau mystique, à Saint Bavon et en ligne

Dans le centre des visiteurs de la cathédrale Saint-Bavon, vous pourrez admirer, dans toute leur splendeur, les panneaux restaurés de l'Agneau mystique et de nombreux autres authentiques trésors artistiques. Grâce à des lunettes de réalité augmentée, voyagez loin dans le passé, dans la crypte de la cathédrale, et vivez l'histoire mouvementée de l'Agneau mystique et de la cathédrale de Gand comme si vous y étiez. Le chef-d'œuvre et l'imposant bâtiment prennent vie pour notre plus grand bonheur. Plus d'infos et billets : www.sintbaafskathedraal.be

Sur le site Closer to Van Eyck, vous pouvez zoomer sur des images en haute résolution de l’Agneau mystique et sur toutes les autres peintures de Jan van Eyck et de son atelier.

Source des images : Sint-Baafskathedraal Gent, www.artinflanders.be, photos: KIK-IRPA

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