Les sgraffites de la Maison dorée
À l’angle de la rue Emile Tumelaire et du boulevard Alfred Defontaine à Charleroi rayonne un chef-d’œuvre architectural d’une époque révolue : la Maison dorée. Construite en 1899, cette demeure est le tout premier bâtiment Art nouveau de la ville.
Érigée par l’architecte Alfred Frère, qui y avait installé sa résidence et son cabinet, elle est somptueusement décorée de sgraffites signés Gabriel Van Dievoet. Or, aujourd’hui, ces sublimes décorations murales ont d’urgence besoin d’être restaurées. Elles sont dès lors candidates en lice pour le Challenge Patrimoine.
Explosion de couleurs, chef-d’œuvre de virtuosité
La Maison dorée se distingue remarquablement par ses 17 sgraffites, qui confèrent à l’édifice son charme unique. Conçus par l’artiste bruxellois Gabriel Van Dievoet (1875-1934), ils ornent les façades du splendide bâtiment, au-dessus voire autour des fenêtres et dans les frises sous la corniche. Le sgraffite est une technique décorative à base de chaux, qui consiste à graver des motifs sur une couche d’enduit claire pour faire apparaître, par contraste, la couche foncée sous-jacente. Ceux-ci sont ensuite colorés à l’aide de pigments naturel chatoyants.
Caractéristiques de l’Art nouveau floral, les motifs des sgraffites de la Maison dorée sont une véritable ode à la nature. Certains présentent encore des traces de dorure, ce qui a valu son surnom à l’édifice. Le grand sgraffite de la façade sur le boulevard Defontaine est encore relativement bien conservé. Il compte parmi les Cent merveilles de Wallonie et constitue le point d’orgue du parcours Art nouveau de la ville. D’autres sgraffites présentent, quant à eux, des dégradations plus ou moins importantes : couleurs altérées, encrassement, microfissures, lacunes, zones de surpeints...
Lieu d’échanges et source d’inspiration
La Maison dorée abrite aujourd’hui la Maison de la Presse et de la Communication de la Ville de Charleroi. Le site ouvre régulièrement ses portes au public et accueille, entre autres, des expositions, des soirées littéraires et des ateliers sur la technique du sgraffite. Lieu chargé d’histoire, cette demeure est aussi un véritable symbole de l’identité locale. En effet, les matériaux mis en œuvre comme le verre et le fer forgé, rendent un vibrant hommage à l’artisanat carolorégien.
Conçue à l’origine comme résidence et cabinet privés par l’architecte Alfred Frère, la maison passe, en 1906, aux mains de la famille Chausteur-Quinet, active dans le secteur verrier. Peut-être celle-ci y a-t-elle subtilement apposé sa petite touche personnelle : le grand sgraffite de la façade principale arbore mystérieusement les lettres « C » et « Q » entrelacées, probablement peintes à la demande de la famille. Des analyses scientifiques menées à l’aide de technologies de pointe permettraient de révéler la structure du sgraffite et de peut-être enfin lever le voile sur ce mystère.
Rendez-lui sa jeunesse dorée
La restauration des sgraffites de la Maison dorée constituerait l’occasion non seulement de rendre son éclat originel à ce joyau du patrimoine carolorégien, mais aussi de renforcer une dynamique plus large de revalorisation de la technique du sgraffite à Charleroi. La Ville a établi un inventaire de ce patrimoine décoratif et encourage les propriétaires privés à faire restaurer leurs façades grâce à des subventions régionales. En votant pour les sgraffites de la Maison dorée, vous contribuez directement à leur restauration et en faites le moteur d’une véritable démarche collective de préservation.
Images : © CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium); © Marie Wautelet (Ville de Charleroi) et © Jmh2o
Lieu de conservation : Maison de la Presse et de la Communication de Charleroi, rue Emile Tumelaire 15, Charleroi
Date de réalisation : 1899
Commanditaire : Alfred Frère
Artiste : Gabriel Van Dievoet (1875-1934)
Matériaux : enduit à base de chaux, pigments
Propriétaire : Ville de Charleroi
Le Challenge Patrimoine vise à rassembler tous les Belges autour de leur patrimoine afin d’entourer ces trésors culturels des meilleurs soins. Durant ces dix prochaines années, l’IRPA sélectionnera avec vous dix œuvres qui nécessitent un traitement d’urgence. D’ici 2030, nous espérons attirer l’attention sur les joyaux de notre patrimoine et sur l’importance de leur conservation. Donnons ensemble un avenir au patrimoine !
Ou voterez-vous plutôt pour … ?
La glacière du Bedford House Cemetery
Un édifice historique caché qui conserve les souvenirs d’un domaine castral disparu
Les bas-reliefs en albâtre du Château de Gaasbeek
Quinze sculptures Renaissance magistrales provenant d’Angleterre et des Pays-Bas historiques
Le Pavillon Renaissance de Mons
Un joyau architectural fragmentaire qui ornait autrefois la ville en tant que pavillon de jardin