Textiles en péril : du sauvetage à la valorisation, grâce à CHrisis
Dans le cadre du projet CHrisis, né à la suite des inondations qui ont frappé la Wallonie en 2021, l’Atelier des textiles de l’IRPA a travaillé sur deux sous-projets de recherche.
Le premier portait sur l’étude des effets des actions d’intervention d’urgence sur la préservation durable et le traitement de conservation du patrimoine textile endommagé par l’eau. Le second sous-projet était axé sur l’évaluation de la valeur et de la signification des textiles religieux.
Tirer les enseignements des inondations
Les experts de l’Atelier des textiles de l’IRPA traitent régulièrement du patrimoine endommagé par l’humidité ou l’eau. Dans certains cas, les dégâts causés par l’humidité sont parfois dus à des causes internes (par exemple, une fuite d’eau à l’intérieur du bâtiment d’un musée). Dans d’autres cas, les dommages sont dus à un phénomène naturel, comme les violentes inondations de juillet 2021. C’est à la suite des graves dégâts subis par les textiles religieux lors de ces terribles inondations que le projet CHrisis a vu le jour.
Plusieurs facteurs jouent un rôle dans le traitement des textiles sinistrés lors des inondations : les processus de détérioration, les possibilités de conservation, le rangement ou les mesures de protection supplémentaires des objets. La conservation des textiles endommagés par l’eau est un défi de taille. Les experts de l’Atelier des textiles de l’IRPA ont étudié ces processus complexes dans le cadre du projet CHrisis. Ces recherches combinent l’intervention d’aide d’urgence sur le patrimoine victime des inondations avec des mécanismes de dégradation spécifiques, des options de traitement, les considérations éthiques et les objectifs en matière de conservation. L’expérience acquise par les conservateurs de l’Atelier des textiles constitue désormais un exemple édifiant, voire une référence, pour des situations similaires à l’avenir.
« Sauvegarder le patrimoine, c’est préserver non seulement son état physique de conservation mais aussi sa valeur et sa signification pour les générations futures. »
Protéger et comprendre les textiles liturgiques
Les inondations de juillet 2021 ont aussi mis en évidence toute la fragilité des textiles liturgiques. Ce constat a mené à un second projet visant, cette fois, à évaluer la valeur et la signification de ce patrimoine. Cependant, les risques pour les textiles religieux doivent être envisagés de manière plus large, au-delà des seules situations de catastrophes les plus graves.
Dans de nombreuses sacristies, sont conservés des textiles religieux de grande valeur : des vêtements richement brodés ou réalisés dans des tissus en soie datant de plusieurs siècles, du velours de soie italien, du lin, du damas, de la dentelle… Or, souvent, on l’ignore ou on sous-estime la valeur de ce précieux patrimoine. Par ailleurs, les conditions de conservation de ce patrimoine unique sont souvent loin d’être idéales. Nombre de ces objets textiles sont de moins en moins utilisés et finissent rangés dans des tiroirs, des boîtes, des réserves ou des greniers. La perte de fonction et de signification de ces objets et la disparition progressive des connaissances acquises représentent une menace majeure pour ce patrimoine historique. Dans le même temps, la préservation de ce patrimoine est actuellement sous pression. Les bénévoles et les petites communautés manquent souvent des moyens ou de l’expertise nécessaires pour conserver correctement ces textiles.
Pour le projet d’évaluation de la valeur et de la signification des textiles religieux, l’IRPA a travaillé en étroite collaboration avec le CIPAR (Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux), les services du patrimoine des diocèses wallons et les gestionnaires des collections du patrimoine religieux. Sur la base d’études de cas, de recherches documentaires et d’échanges des connaissances avec d’autres experts des textiles, le projet a permis de mettre au point des outils pour aider à évaluer la valeur historique ou en histoire de l’art des textiles religieux. Ce projet constitue une base solide pour des projets futurs de valorisation. Une approche participative est essentielle à cet égard. En impliquant les professionnels du patrimoine, les gestionnaires locaux et les acteurs concernés, on crée un large soutien pour la préservation des textiles liturgiques. Pour les questions très spécialisées, les équipes de valorisation peuvent compter sur l’expertise de l’Atelier des textiles de l’IRPA.
La collaboration, la clé de la préservation
Ces projets soulignent l’importance de la collaboration et de l’engagement de la communauté. Sans l’intervention rapide des communautés locales lors des inondations, une grande partie du patrimoine religieux aurait peut-être disparu à jamais. Outre l’aide d’urgence, une meilleure compréhension de la valeur de ce patrimoine est également essentielle. En effet, sauvegarder le patrimoine, c’est préserver non seulement son état physique mais aussi sa signification pour les générations futures.
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